Juliette s’est tout de suite montrée bonne élève et à commencé à se dévoiler petit à petit.J’avais pour habitude le matin de toujours aller à la boulangerie voisine chercher des pains au chocolat ou des chouquettes, mon pêché mignon. Je passais ensuite des heures à nager, à faire du step ou encore du sauna pour éliminer mes excès alimentaires afin de garder la ligne.
Juliette mangeait de bon cœur tous les matins et plus que de raison, elle trempait souvent les mets dans son thé ce qui avait le don de m’amuser, je trouvais aussi qu’elle avait beaucoup de chance de pouvoir avoir la taille fine en mangeant tout ce qu’elle mangeait alors elle me fit une confidence…. elle ne mangeait pas tous les jours à sa faim, le soir elle ne mangeait jamais et buvait simplement une tisane et le midi c’était un jour sur deux parce que financièrement elle ne pouvait pas se le permettre.
Cette déclaration m’assomma d’un coup et me conforta dans mon envie d’aider Juliette a qui décidément la chance ne souriait pas. Moi j’avais tout ce qu’il fallait, une maison sympa qui serait à moi dans quelques années, un mari coureur de jupons mais qui savait si bien le cacher que je ne voyais rien, un petit garçon, adorable blondinet aux yeux bleus qui faisait craquer tout le monde, un job dans lequel je m’épanouissais, une carte bleue que je pouvais dégainer quand il me chantait….. Je volais au secours de Juliette tel un chevalier au secours de sa belle. Je serais désormais son ange gardien le temps que sa situation rentre dans l’ordre et rien ni personne ne pouvait m’arrêter.
Afin de la faire sortir un peu et de lui faire rencontrer du monde, je l’invitais aux matches de Handball le samedi soir, -mon mari du moment jouait à cette époque en équipe première- et ce qui était intéressant c’était la troisième mi-temps. Nous nous retrouvions tous au restaurant et ensuite nous finissions la soirée en boite de nuit pour n’en ressortir qu’aux aurores.
Il y avait dans cette équipe encore quelques célibataires et je pensais que peut-être Juliette y trouverait son bonheur. Je me souviens d’une soirée mémorable, l’équipe avait gagné et était première du classement, la soirée battait son plein, le maire de la commune qui était aussi président du club était en grande discussion au comptoir avec un élu régional, il me faisait signe de le rejoindre pour me présenter cette personne. Je me levais et laissait Juliette en train de siroter un whisky coca. Alors que nous conversions tous les trois, Juliette s’apercevant de mon absence se leva pour nous rejoindre et fit une arrivée remarquée près du bar en affirmant haut et fort « mes aieux, quelle soirée, j’ai rien mal aux arpions » !!!!! ce qui eu le don de jeter un léger trouble parmi notre élu régional.
J’ai tout de suite chaperonné Juliette jusqu’à notre place tout en la sermonnant gentiment, il fallait à tout prix qu’elle corrige son langage parce que comme ça ce n’était pas possible….en même temps, j’étais morte de rire et vu que l’élu en question était plutôt coincé, je me disais qu’il l’avait bien mérité !!!
Juliette fit des efforts, tant dans sa tenue vestimentaire que dans son langage. Je la corrigeais à chaque fois et la félicitait chaque matin. Elle prenait de l’assurance. Au niveau du travail il y avait des progrès aussi et même si je n’étais pas complètement satisfaite il fallait souligner les efforts.
Mes collègues de travail me félicitaient pour ma perspicacité mais n’étaient pas convaincues de la loyauté de Juliette à mon égard. Elles restaient persuadées que Juliette profitait de moi et qu’à la première occasion, elle me jetterait. Elles trouvaient aussi que Juliette commençait à avoir la grosse tête et semblaient étonnées que je ne m’en aperçoive pas.
Juliette s’épanouissait à vue d’œil et tellement bien qu’elle commençait à snober les collègues de travail et à les prendre de haut. Je devais parfois m’énerver parce qu’elle se mêlait de tout et ne comprenait pas toujours les situations si bien qu’elle faisait parfois des gaffes qui pourraient nous coûter cher à toutes les deux. Quand je tentais de lui expliquer les choses, elle boudait dans son coin, capable de ne plus m’adresser la parole des heures durant. C’était une facette d’elle que je ne connaissais pas encore et c’était assez désagréable. En fait elle n’admettait pas les critiques, je tentais alors de la persuader que c’était pour son bien, que j’étais là pour l’aider, elle me répondait que c’était méchant et que ça ne l’aidait pas, au contraire, ça la déprimait !!!
J’avais parfois des moments de doute, et mes collègues avaient raison, Juliette avait chopé la grosse tête et c’était flagrant. Je m’en amusais presque sauf quand ça dépassait les limites et là c’était carrément agaçant. Lorsque des gens venaient, je présentais toujours Juliette comme mon assistante, faisant partie intégrante du service, il ne me serait jamais venu à l’idée de dire « je vous présente Juliette, elle effectue un TUC »….Ca plaisait énormément à Juliette d’être présentée comme ça, tellement bien qu’elle finissait par croire qu’elle était elle aussi la collaboratrice du Maire et elle se présentait comme telle à l’extérieur.
Un jour, elle est montée avec un futur directeur d’entreprise dans le bureau, elle l’avait rencontré dans le hall de la mairie en descendant du travail à la collègue de l’accueil (elle aimait bien faire ça, elle lui donnait des tonnes de directives sur un ton qui n’admettait aucune réplique, je récupérais ensuite les plaintes par téléphone) ce Monsieur souhaitait un entretien avec le Maire car il voulait s’implanter dans la commune et comme si de rien n’était, notre Juliette s’est avancée vers mon bureau, a pris le carnet de rendez-vous et a commencé calmement à discuter avec lui, m’ignorant complètement et me laissant comme deux ronds de flan !!!
C’était une première alerte qui aurait du attirer mon attention sur le comportement de Juliette… mais je l’ai négligée….
Un week-end, nous partions en bus pour une manifestation à Paris. Je proposais à Juliette de nous accompagner, il y avait ce jour là un célibataire que je connaissais et qui cherchait la femme de sa vie. Je dis à Juliette que peut-être c’était elle, je le sentais, il fallait à tout prix qu’ils se rencontrent, elle se moquait de moi, personne ne trouvait grâce à ses yeux. Elle voulait un homme parfait…..
Pourtant j’avais tapé dans le mille, ce jour là grâce à moi, Juliette rencontrait Renaud qui deviendrait quelques mois plus tard son mari…… , j’étais loin de m’imaginer qu’en voulant faire le bien, je découvrirais la vraie personnalité de Juliette et que je resterais au bord du chemin……. (à suivre)…..







