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jeudi 7 janvier 2010

"Petche"


Il venait me chercher à l’école avec son vélo qu’il avait repeint en bleu. Parfois quand je ne souhaitais pas marcher, il me hissait sur la selle et guidait l’engin en marchant à côté. A cette époque il était encore alerte et les ulcères de ses jambes ne le faisaient pas trop souffrir. Il avait pris sa retraite assez tôt car à l’âge ou d’autres enfants entrent au collège, lui il suivait son père sur un bateau et partait pour les campagnes de pêche en Islande. J’avais souvent entendu dire que la première fois qu’il avait quitté le port, il pleurait après sa maman, avec le temps il avait fini par s’habituer, ils étaient marins pêcheur de père en fils et son père se faisait un devoir de lui apprendre le métier. Une fois son activité maritime, terminée il avait travaillé à l’usine afin de compléter ses trimestres manquants pour la retraite et après ce dur labeur, il prenait enfin un peu de temps pour lui.

Il s’occupait activement de son jardin qu’il entretenait et chérissait comme un chef et il y passait beaucoup de temps car le jardin était grand. Beaucoup de légumes, des aromates, des fruits, des arbres et des fleurs, l’endroit était complet et j’aimais beaucoup m’y promener et retourner la terre avec lui quand je n’avais pas école. J’adorais ramasser les pommes de terre, déplanter les carottes, agiter les groseilles, manger les fraises et cueillir de jolis bouquets pour les tables de fête. En été, le tourniquet était mon objet favori et je ne me lassais pas de me faire arroser lorsqu’il faisait très chaud. J’aimais aussi aller puiser de l’eau dans la citerne qu’il avait installée pour récupérer les eaux de pluie. Cette eau servait aux lessives et à l’arrosage du jardin. J’avais un petit arrosoir en plastique et j’étais fière de l’utiliser. Je pense que c’est lui qui a du me transmettre cet amour pour la terre et la nature.

Le Mardi c’était jour de lessive, bien sûr il y participait, il n’y avait pas de lave linge et tout se faisait dans de grandes cuves, des lessiveuses comme il disait. Il aidait pour les draps en coton épais et les serviettes de toilette qu’il ébouillantait. Il charriait les bassines d’eau et faisait les allées et venues pour rincer le linge, il tournait la manivelle pour essorer et il emmenait le tout dehors. Parfois il aidait à étendre le linge sur les fils de fer quand les pièces étaient trop lourdes et trop volumineuses. Ce travail harassant commençait souvent vers 7 heures le matin et ne se terminait que vers midi. En été c’était une occupation agréable mais en hiver c’était plus dur. Les lessives se faisaient à la cave car les grandes cuves étaient stockées là et il y avait une pièce spéciale pour sécher le linge lorsqu’il pleuvait.

Le Mardi il était très fatigué, le travail physique qu’il effectuait et la station debout prolongée faisaient souffrir ses jambes mais il ne disait jamais rien. Il se reposait un peu en début d’après midi et vers 16 heures il retournait au jardin pour ramasser les légumes qui serviraient à préparer la soupe du soir. Faut dire que « Metche » ne l’épargnait pas, elle avait toujours quelque chose à lui faire faire et parfois je me demandais où il trouvait la force pour continuer.

Souvent en fin d’après midi, une fois mes devoirs terminés, on jouait aux cartes ou à des jeux de société. Il avait une patience sans limite et acceptait tout ce que je lui demandais. Je voulais dessiner, on dessinait, je voulais lire, on lisait….. Lorsque je décidais de partir jouer chez une copine, c’est encore lui qui venait me chercher, il était inquiet quand il voyait la nuit tomber, alors il enfourchait sa bicyclette bleue et arpentait le quartier pour me retrouver. J’étais une vraie chipie car je n’étais jamais chez la personne où j’avais prétendu aller, il faisait alors la tournée des copines et finissait toujours par me retrouver et me réprimander parce qu’il était inquiet.

Je me souviens de son habillement particulier, il avait toujours un pantalon et une veste bleu marine en toile épaisse style jean’s qui ressemblait presque à de la bure. Je ne me rappelle pas l’avoir vu habillé autrement qu’avec ce style de vêtements, il en avait de plusieurs couleurs mais toujours dans les tons foncés. Il sortait le costume, la chemise blanche et les boutons de manchette en or pour les grandes occasions. Il ne quittait jamais sa casquette de marin sur laquelle était brodée une belle ancre marine.

Je l’ai vu vieillir et se fatiguer de plus en plus. Monter et descendre les escaliers étaient pour lui un véritable enfer et je me fâchais quand ma grand-mère lui demandait de descendre au sous sol pour récupérer l’énorme « fait tout » de soupe qu’elle avait fait cuire. Il mettait un temps fou à remonter le précieux breuvage et metche trouvait que ça n’allait pas assez vite alors elle le houspillait. Il ne répondait jamais…je répondais qu’elle n’avait qu’à attendre que l’un de ses fils rentre, mais « Metche » quand elle voulait quelque chose, c’était tout de suite.

J’aimais quand il ma parlait de la guerre, je lui disais « encore pépé » et pépé recommençait de plus belle pour me faire plaisir. Je crois que par moments Metche était jalouse de notre complicité. Il était fier lorsqu’il était appelé dans les collèges pour raconter sa vie de pêcheur d’Islande et quand il a été contacté par un écrivain belge pour témoigner, il a tout de suite accepté.

Je ne suis jamais restée loin d’eux, ils étaient un peu comme mes parents puisqu’ils m’avaient élevée les cinq premières années de ma vie. Quand je revenais du lycée, ma mère m’attendait et on partait les voir, on mangeait un bol de soupe, la fameuse soupe de « Metche » qui abreuvait les voisins et amis du quartier.

Un matin il n’a pas réussi à se lever, le médecin est venu, le diagnostic était simple, « Petche » était usé, l’hospitaliser n’aurait servi à rien, le cœur ne suivait plus, le corps non plus, puis il voulait rester chez lui, dans sa maison. Nous l’avons bichonné pendant 8 jours, ma mère faisant partie du corps médical savait, moi je n’étais pas préparée. Je suis rentrée du lycée, j’étais en colère, ma mère était partie manger la soupe sans moi, la maison était sombre et vide, j’ai eu un étrange sentiment qui s’est tout de suite confirmé. Ma mère est revenue pour me chercher, elle m’a simplement dit que « Petche » s’était endormi, paisiblement. Elle avait fait ramener de l’oxygène mais ça n’avait pas suffit. C’était son heure, c’est lui qui avait décidé. Vers le milieu de l’après-midi, entouré des siens, il avait entamé son grand voyage, tout simplement, comme il avait toujours été dans la vie. Pas une plainte, pas un rictus de souffrance, l’instant d’avant il parlait et tout à coup c’était fini.

Il s’appelait Charles-Henri, c’était mon grand-père maternel, mon « Petche » à moi… il aurait presque 110 ans maintenant.

dimanche 1 novembre 2009

Le grand frère


Le frère de mon père avait 6 enfants, 4 garçons et deux filles qui se suivaient en âge. Un après-midi, il était sorti avec sa femme et deux de ses enfants lorsqu’un véhicule vint s’encastrer violemment dans sa voiture. Les enfant à l’arrière s’en sortirent avec quelques bosses et contusions , mon oncle fut hospitalisé quelques jours pour des blessures sans gravité, ma tante fut éjectée du véhicule et tuée sur le coup.

Je ne me souviens pas vraiment de ce passage de ma vie, je devais avoir 5 ans et à l’époque je passais plus de temps chez ma grand-mère que chez mes parents, puis dans la famille on avait toujours l’habitude de cacher les choses, surtout devant les enfants.

Mon oncle se retrouva seul avec 6 enfants à gérer, le dernier devait avoir à peine 3 ans et l’ainé en avait 16. Ne pouvant gérer seul cette lourde charge parce qu’en plus il travaillait, les enfants avaient été placés dans des familles d’accueil en attendant qu’un juge décide de leur sort. Mon oncle les voyait le week-end et pendant les vacances.

Deux années s’écoulèrent et un beau jour on m’apprit que j’allais avoir un frère. Je regardais ma mère qui n’avait visiblement pas l’air enceinte et c’est là qu’on m’expliqua qu’à la fin de la semaine, mon cousin allait rejoindre notre famille.

Les enfants ne pouvaient pas rester comme ça indéfiniment placés, un conseil de famille avait eu lieu et il avait été décidé que les trois frères de mon oncle récupèreraient chacun un enfant, et comme ils étaient tous parrain d’un des enfants, ils accueilleraient leur filleul, les deux filles seraient placées chez les deux grand-mères, tandis que l’ainé serait chez son père, il allait atteindre sa majorité.

C’est ainsi que Jean-Pierre débarqua un samedii soir à la maison. Très timide, un peu gauche, on avait l’impression d’un animal sauvage que l’on avait trop bridé, une bête effarouchée qui n’avait pas de repères et qui se demandait ce qui pourrait bien lui arriver.

Je me souviens de son pantalon en velours trop court élimé aux genoux et de ses chaussures démodées, il avait un pull en col V qui boulochait et une chemise à carreaux en dessous complètement délavée. Ca faisait longtemps que ses cheveux n’avaient pas vu le coiffeur et ma première réaction fut de penser qu’il ne serait jamais mon frère parce qu’il était bien trop sale.

Il s’installa tant bien que mal dans la chambre qui lui avait été préparée, je me souviens que pour l’accueillir je lui avais offert une petite tirelire que j’affectionnais particulièrement, un joli chat blanc en porcelaine avec des lunettes rondes sur le nez, on l’avait posée sur son étagère et il était entendu qu’il y mettrait son argent de poche qui lui serait versé tous les dimanche soir. Je lui avais aussi passé quelques livres que j’avais aimés, histoire que son étagère ne reste pas vide. Ses affaires furent vite rangées dans l’armoire, il avait un sac de voyage qui contenait peu de vêtements, ma mère décida très vite que le mercredi on irait faire les boutiques histoires de lui racheter quelques effets.

La première approche se passa plutôt bien, mais j’appréhendais le lundi car il ferait sa rentrée dans la même école que moi, il me semble qu’à cette époque j’étais en CE1, lui avait redoublé son CM2, l’école ne semblait pas l’intéresser. Le lundi fut catastrophique, il fut tout de suite mis à part par les autres élèves qui se moquaient de ses pantalons trop courts, de ses cheveux hirsutes et de sa façon de parler.

Mes copines ne se gênaient pas non plus et je ne savais plus où me mettre car bien évidemment il venait me parler se retrouvant tout seul au milieu d’un monde inconnu et qui lui était hostile. Je n’ai pas été à la hauteur sur ce coup là autant vous l’avouer, j’avais honte et du coup je faisais celle qui ne le connaissait pas de trop ; « bein oui c’est mon cousin, on l’a récupéré ce week-end, il va rester un peu chez nous en attendant que son père retrouve une femme et reforme une famille »…. Je lançais ça d’un air détaché à qui voulait bien m’écouter et je changeais vite fait de conversation, entraînant les copines bien loin de Jean-Pierre qui, je le sentais allait me pourrir la vie avec mon petit cercle de copines.

Lorsque le soir à la maison autour du repas mon père demanda comment c’était passé la première journée, je gardais les yeux rivés sur mon assiette et Jean-Pierre ne dit rien. Il ne raconta pas qu’il était resté seul, raillé par tout le monde et que cette première journée avait été bien difficile pour lui. Une de plus sans doute, avec tout ce qu’il avait déjà vécu dans son jeune âge, il semblait habitué et prenait cela comme une fatalité. Mon père qui avait bien compris que cela ne tournait pas rond me pris à part après le repas et je finis par avouer ce qui c’était réellement passé à l’école.

Je ne me pris pas de savon mais mon père me donna une leçon de morale magistrale qui me fit l’effet d’une claque et qui me remit tout de suite dans le droit chemin, le chemin du bien et de la justice, le chemin de la solidarité et de la fraternité…..

Le lendemain, contre vents et marées, je présentais Jean-Pierre aux copines et copains, me servant des arguments de mon père et ça marcha plus ou moins. Le Mercredi nous lui achetâmes des jean’s, sweat et baskets et on l’emmena chez le coiffeur. Le Jeudi matin c’était un Jean-Pierre nouveau qui se fit plein d’amis.

Jean-Pierre a vécu plus d’un an et demi avec nous. C’était devenu comme mon frère et d’ailleurs je le présentais comme ça. On en a fait des bêtises ensemble. Je l’avais surnommé « Brise fer » car il cassait tout ce qu’il touchait, il démontait les réveils, les radios, les appareils photos, rien ne lui résistait. Mes parents avaient du fil à retordre avec lui car il devenait un peu borderline, régulièrement mes parents étaient appelés par l’école car c’était un élève insupportable qui n’écoutait rien et dérangeait la classe. Il fumait en cachette à la sortie du collège et avait de bien vilaines fréquentations, vol de mobylettes, de vélos, petits vols à l’étalage, il n’en était plus à une bêtise près. Mais on s’entendait bien et on se soutenait dans nos bêtises.

Le Père de Jean-Pierre a rencontré une femme divorcée en parcourant les petites annonces, elle avait elle aussi 6 enfants et comme mon oncle, 4 garçons et deux filles, ces deux là étaient fait pour se rencontrer….. ça a tout de suite collé entre eux et ils se sont installés ensemble. Jean-Pierre est parti rejoindre son père et sa nouvelle maman, il a, au passage hérité de 6 nouveaux frères et sœurs. Je ne me souviens pas d’avoir été triste de son départ, on avait toujours dit que cette situation était provisoire et je savais qu’on se reverrait …..

Souvent le dimanche nous passions voir Jean-Pierre chez mon oncle et sa nouvelle épouse, une femme adorable, d’une patience et d’une gentillesse. Elle avait tout de suite adopté les enfants de mon oncle et tout ce petit monde s’entendait à merveille. Douze enfants, je ne sais pas si vous vous imaginez mais ça faisait une sacrée table !!! chacun y mettait du sien. Ils avaient été obligés d’aménager deux chambres supplémentaires dans la cave, heureusement, ma tante avait gardé sa maison, une grande maison sur trois étages et la cohabitation se passait bien. Mes cousines et cousins avaient souffert du manque d’une maman, ils retrouvaient là une vraie maman qui s’occupait d’eux, leur faisait des bons petits plats. Les enfants de ma tante avaient souffert d’un père violent qui buvait, ils retrouvaient un papa à leur écoute, courageux et travailleur qui s’occupait d’eux et rendait heureuse leur maman.

C’était ce qu’on pouvait appeler une famille formidable, petit à petit les copains et copines sont venus se greffer, les tables étaient de plus en plus grandes et nous étions chez eux pratiquement tous les dimanches pour le rituel du 4 heures, les grands-parents venaient se greffer, les autres oncles et tantes aussi, … c’était un joyeux capharnaüm, il y avait des enfants partout dans les chambres et quand il faisait beau on squattait le bout de jardin.

J’ai récupéré 4 cousins et 2 cousines supplémentaires, on s’entendait bien même si elles étaient plus âgées. J’ai retrouvé mon statut d’enfant unique mais pas pour longtemps. On m’a informé que bientôt j’aurai un frère ou une sœur…. Je me suis dit « ce coup là on me l’a déjà fait » !!! et un jour de septembre Samuel a pointé le bout de son nez, cette fois j’avais un frère pour de vrai……

samedi 5 septembre 2009

Un emprunt


Encore un message de mon ancien blog que j'ai décidé de remettre ici.....il fait partie des bons souvenirs d'enfance, ceux que l'on évoque en riant de bon coeur.....


Le Lion (mon amie d'enfance) vient d’avoir son permis, c’est trop génial, on va pouvoir enfin bouger un peu parce qu’il faut dire qu’on est ravitaillés par les corbeaux dans ce coin du Nord. Dunkerque est à 10 km et à cette époque il y a un bus le matin, un bus le soir et basta. Nos parents travaillent, pas question pour eux de faire la navette pour nous emmener où que ce soit.

Ce soir c’est décidé on se fait une sortie. Le lion a préalablement demandé à sa mère qui est d’accord pour le prêt de la voiture, donc pas de souci de ce côté là, oui oui on sera très sages, non on ne sait pas encore ce qu’on va faire, certainement aller boire un pot quelque part, Bein oui on va faire attention, le Lion est prudent pas de problème…. pour l’instant ce qui nous intéresse c’est la bagnole… à quelle heure on peut la prendre….. mais tout ça c’est sans compter avec le père du Lion, car prêter sa charriotte c’est une autre histoire….. En clair, il est pas très chaud, d’ailleurs il doit sortir lui aussi, il sait pas quand il rentrera….. ah mais pas grave, on va attendre, on a de la patience…… enfin faudrait quand même qu’il rentre pas trop tard parce qu’on a la permission de minuit, et l’heure avec mes parents ça rigole pas !!!

Le soir arrive, le père du Lion revient vers les 21 h 30, c’est parfait, il nous reste deux bonnes heures et demi, on peut se prendre un verre quelque part, ça sera une première, il faut commencer petit, après on verra……mais ça se corse… la mère du Lion est toujours ok pour la voiture, le père ne veut pas donner les clés…… mince alors, on va pas tergiverser pendant des heures, on a envie de sortir, si le lion a eu son permis c’est pas pour l’encadrer sur le mur de sa chambre mais bien pour silloner les routes du coin…… le Lion décide d’une opération d’envergure, (avec le soutien de sa mère) ......subtiliser les clés de la bagnole dans la poche de la veste de son père. Cest chose aisée, d’autant que celui-ci a décidé d’aller se coucher. En deux coups de cuilllère à pot c’est fait. Le hic, parce que bien sur il y a toujours un hic, c’est que la voiture est rangée dans le garage, qu’il va falloir la sortir et que ça va faire du bruit, donc réveiller le paternel.

- Bein on a qu’à la sortir sans mettre le moteur !!
- T’es folle, on va jamais y arriver
- Mais si, à deux ça va le faire, y suffit de pousser, tu peux pas mettre le moteur en marche, il va entendre et là c’est fini pour la sortie. T’enlèves le frein à main, et regarde on doit la pousser droite, y a pas de souci, on risque pas de l’abimer…..

Le lion est sceptique mais on a pas d’autre solution. J’ajoute que la voiture est une GS de marque Citroën, je ne sais pas si vous vous en rappelez mais c’est un veau, plus lourd qu'elle c'est pas possible, va falloir sortir nos petits bras musclés !!! Et nous voilà toutes deux en train de pousser dans la pénombre de la nuit.....
On a transpiré un max, on a poussé et encore poussé, ça devait être marrant de nous voir comme ça en train de piquer la voiture. C’était surtout très lourd, elle bougeait centimètres par centimètres. On avait de petits rires nerveux, on gloussait comme des poules, on se faisait des signes "Chut on fait trop de bruit"......

Après des efforts surhumains on a réussi à extraire la voiture du garage et à l’avancer assez loin dans l’allée pour la mettre en route. Je ne comprends toujours pas comment on a réussi cet exploit, fallait avoir une sacrée envie de sortir !!! Une fois le véhicule en marche nous avons poussé un hourra de satisfaction. Je me souviens toujours de la sensation de liberté éprouvée à ce moment là. Mon lion au volant et moi à côté partant vers la liberté !!! Puis s’en est suivi un fou-rire mémorable parce que forcément l’image était trop drôle. Je nous vois encore pousser le véhicule et nous engueuler gentiment parce que ça n’avançait pas comme il faut.

D’avoir cette voiture ça nous a grisées, mais finalement on a fait que rouler. On voulait aller boire un verre mais on a pas osé rentrer dans les cafés du port (rares cafés qui étaient ouverts à l’époque), ils avaient l’air trop glauques alors on est restées dans la bagnole à se demander où on pouvait aller, mais on avait pas bien préparé notre sortie nocturne. On a fait le tour du port, on s’est garées devant un café, puis un autre, toujours en observation....." ah non pas celui là regarde y a des drôles qui y entrent" ! et celui là… "non je crois qu’il est pas bien fréquenté", et celui là "je crois que c’est un bar à filles".... "merde on va quand même pas aller au café de la gare".... "et là tu crois qu'on peut y aller ?" "non je crois que c'est une boite de nuit, y vont pas nous laisser entrer".....on a fait et refait le tour des bassins, j’ai dit au Lion d’y aller molo, on avait peur de tomber dans l’eau et on rigolait comme des baleines. On a bien pensé aller en Belgique, à la Panne, là bas on aurait trouvé un endroit sympa, y a tout ce qu'il faut en Belgique mais l’heure tournait, ça ne valait pas le coup. Alors on est rentrées bien sagement, on a remis la voiture à sa place et le père du Lion n’a jamais rien su de notre chevauchée fantastique !!!

C’était un coup pour rien, c’était un essai, une prise en main de la voiture dirons nous…. Je peux vous garantir qu’après nous étions mieux organisées et que nous avons fait de sacrées sorties, sans vol de voiture !!!

samedi 29 août 2009

BRAY-DUNES



Ca ne ressemble pas à une plage huppée de la Côte d’Azur, le temps est parfois gris et à marée basse il faut parcourir des centaines de mètres avant de poser le pied dans l’eau qui dépasse rarement les 20 degrés.

Le sable est blond et fin, il file entre nos doigts et procure un plaisir tactile auquel on s’habitue vite, il s’étend sur des kilomètres et le long de dunes plantées d’oyats. On croise parfois des chars à voile ou des chevaux, quelques pêcheurs qui raclent le sol avec des filets et qui guettent une improbable pêche miraculeuse.

Lorsqu’il fait beau on aperçoit les premiers immeubles de La Panne, station chic de la Belgique. De l’autre côté Zuydcoote et Dunkerque se profilent subrepticement….

C’est une petite station balnéaire, on en parle pas, elle ne fait jamais la une des journaux et pourtant la population qu’elle abrite a le cœur chaud. Ici les gens viennent de Steenvoorde, Bethune, Hazebrouk ou encore St Omer, du Pas de Calais avec ses terrils abandonnés et ses cités minières…. le dimanche, en été, un train spécial amène toute cette population pour une journée à la mer, parfois il pleut, ils viennent quand même, c’est leur eldorado, les enfants découvrent la mer pour la première fois, ils s’y baignent même s’il fait froid.

Vous êtes à BRAY-DUNES, la ville la plus au Nord de la France, la dernière ville avant la frontière Belge et c’est là que je suis née un matin de novembre. Pas de maternité, c’est le Docteur Delmare qui me met au monde dans une petite maison de la rue Charles Pichon, la maison de mes grands-parents encore habitée aujourd’hui par mes oncles.

Mes grand-pères se plairont à me dire que je suis une vraie Bray-dunoise, et cette ville, qui ressemble plus à un village, je vais l’arpenter pendant des années. Les anciens y parlent en flamand, chez mes grands-parents on n’échappe pas à la règle et étant bercée dans cette langue je comprends tout mais curieusement je ne le parle jamais, tout le monde me parle en flamand, je réponds en Français. Encore aujourd’hui je suis incapable d’en prononcer une phrase, par contre je n’ai rien oublié…. Ne me demandez pas d’explications, je ne sais pas répondre…..

Je fais mes premiers pas d’écolière à l’école Deswarte ou j’effectuerai ma scolarité primaire. J’aime bien cette école, Je m’y fais des copines, Martine et Frédérique habitent l’Avenue du Général de Gaulle, cette avenue est grande et large, au bout il y a la digue et la mer….il y a aussi de jolies maisons…. le papa de Martine est un pêcheur, il navigue souvent, la maman de Frédérique est infirmière. Sylvie habite la même rue que moi, son papa est ramoneur, c’est une famille plein d’enfants et j’adore aller chez eux, j’aime l’ambiance et la chaleur humaine qui y règne et le soir parfois je reste manger avec eux, le papa ramène des baguettes fraîches qu’on tartine de bonnes confitures ou de pastador et on les trempe dans du lait chocolaté….. Ma grand-mère me dispute « tu ne dois pas rester chez eux le soir, c’est une grande famille avec peu de moyens, il ne faut pas qu’en plus tu te rajoutes » !!! …… Catherine habite juste à côté…. Un peu plus loin, à la limite de Zuydcoote, il y a Marc, un petit blondinet avec les dents du bonheur, son père travaille sur un remorqueur au port de Dunkerque, il fait battre mon cœur d’enfant et souvent il passe et repasse à vélo devant la maison de mes grands-parents.

Quand je vais à l’école je marche sur la voie ferrée, il n’y a plus beaucoup de trains de voyageurs à cette époque, juste une micheline qui vient de Belgique et des trains qui transportent des matériaux jusqu’à l’usine des Dunes. J’aime marcher à cet endroit même si ma grand-mère me l’interdit, c’est dangereux me dit-elle, tu pourrais te faire happer par un train.

Au carrefour il y a une boulangerie qui fait l’angle, elle est toute petite, la vendeuse s’appelle Fernande. Elle a une sacrée patience Fernande, faut dire que je suis une bonne cliente, tous les jours je fais un détour par sa boutique, en général j’ai un franc pour acheter des bonbons, à l’époque avec un franc on achète beaucoup de choses, je choisis souvent des fraises, des sucettes piquantes et tout un tas d’autres bonbons. Quand je suis sage, ma grand-mère me donne une jolie pièce de 5 Francs et là c’est Byzance, j’ai des tonnes de bonbons que je partage avec mes copines à la récréation.

Pas loin de chez mes grands-parents il y a la rue des Marins, on y joue souvent et si on va au bout de cette rue on arrive près du canal de Furnes, j’ai peur de ce canal, j’ai entendu tellement de choses et d’accidents que je n’ose m’en approcher et pourtant il me fascine. Il y a parfois des péniches qui y passent, je me plais à les regarder et à saluer les mariniers qui sont à bord. Il y a parfois des enfants et on se fait des signes. J’ai interdiction de traîner près du canal mais je brave l’interdit.

J’accompagne souvent ma grand-mère à la pharmacie, elle est en face de la boulangerie et elle fait l’angle, il y a quelques années j’y suis retournée, c’était toujours le même pharmacien, mais bien sûr, il a vieillit, il doit être à la retraite aujourd’hui. Il y a aussi un PMU où je ne mets jamais les pieds, c’est pas bien d’aller là dedans me dit ma grand-mère, il y a de drôles de gens qui boivent et qui fument !!! De temps en temps on va au cinéma, « Family ou Familia », je ne sais plus…. il est bien vieux ce cinéma, il m’arrive d’y croiser Fernande la boulangère, on est jamais plus de 20 personnes pendant les séances.

Le dimanche on va en Belgique, on part à la Panne déguster des moules frites ou encore des crevettes. Souvent je mange une pêche Melba en dessert, je trouve que les glaces en Belgique sont meilleures qu’ailleurs. Ensuite on va chez Léonidas acheter des chocolats. J’aime la boutique Léonidas, j’ai toujours envie d’acheter plein de chocolats et je me dis que lorsque je serai grande, je viendrais ici et j’en prendrais des tonnes !! Mes petites boites ne durent jamais longtemps, en général le soir il n’y en a plus !!!

En septembre il y a la ducasse, c’est la fête du village, les manèges viennent s’installer, en général ils sont sur la place de la gare et place de l’Eglise. Ce jour là ma grand-mère réunit toute la famille et on mange de bons plats du nord, ma grand-mère est une excellente cuisinière, on se régale. Ensuite je fais la quête, tout le monde me donne la pièce et ça me permet d’aller profiter des manèges. J’attrape souvent le pompon, faut dire qu’avec ma petite frimousse blonde je sais y faire, quand le forain prépare son ballon je lui jette des sourires de star, ça le fait craquer forcément.

Il y a aussi le garde champêtre, j’ai oublié son prénom mais pas son allure, il passe avec son vélo noir tous les matins devant la maison de mes grands-parents et il me fait peur…. Souvent quand je désobéis ma grand-mère me dit qu’elle va l’appeler et qu’il viendra me chercher alors la simple menace de le voir débarquer calme vite fait mes envies de bêtises.

La vie est douce là bas, l’école, les copines, le centre aéré l’été et les bonbons de Fernande…..
Quand on passe dans la rue tout le monde se salue et moi on m’aime bien parce qu’on dit que je suis une petite fille modèle et très bien élevée. Quand c’est carnaval je vais taper aux portes des maisons et je récolte toujours plein de gâteaux et de bonbons…..

Puis les grands-parents disparaissent, je ne vais plus à Bray-Dunes que pour aller sur leur tombe, le cimetière est coquet et bien fleuri. Un jour j’ai vu mon nom sur une tombe ça m’a fait un choc, faut dire que j’ai un nom bien de là bas et des Van…. y en a des tonnes.

Aujourd’hui j’ai tout à coup eu la nostalgie de Bray-Dunes, faut dire que dernièrement avec Bérangère on a évoqué le « camping du Perroquet », du coup, ça ravive les souvenirs…. il me reste le virtuel mais je ne reconnais pas la ville de mon enfance, elle s’est modernisée, c’est une ville sportive, culturelle, déformation professionnelle oblige je suis allée jeter un œil sur les écoles, ils ont mis le paquet. J’aime finalement ce que cette ville est devenue même si je ne m’y retrouve pas.

J’ai appris il y a peu de temps que Martine était décédée il y a quelques années déjà dans des conditions tragiques, son père a disparu en mer, j’ai retrouvé Frédérique sur copains d’avant, elle n’habite plus Bray-Dunes, j’ai eu des nouvelles de Sylvie par l’intermédiaire de mon oncle, je l’ai retrouvée aussi sur Copains d’avant mais elle ne m’a pas répondu, je n’ai jamais revu Marc, le petit blondinet qui me faisait craquer…..

lundi 13 juillet 2009

Mon papy



Il avait une belle gueule mon papy, chatain clair, des yeux bleus tirant vers le gris lorsque le temps était moins ensoleillé, son visage était buriné par ses voyages maritimes et ça lui donnait un charme fou.

Comme tous les marins il partait 6 mois, des fois plus et finissait par rentrer au bercail jusqu’à son prochain départ. Il était chargé de cadeaux quand il revenait, services en porcelaine de Chine, bijoux en or, colliers de perles ou de pierres précieuses, tapis orientaux… tableaux, au fil du temps la maison devenait une maison du monde que tout le monde appréciait. Les copines de ma grand-mère venaient admirer les dernières trouvailles et celle-ci, le cœur sur la main n’hésitait pas à distribuer quelques objets arguant qu’au prochain voyage, le papy pourrait toujours en ramener de nouveaux.

IL faisait le tour du monde et rien ne pouvait l’arrêter même pas ma grand-mère qui avait finit par s’en accommoder. C’était sa passion mais aussi son gagne pain, il n’avait jamais caché ses intentions et elle savait en l’épousant qu’il naviguerait un paquet d’années.

Quand il rentrait à la maison c’était l’occasion de faire des fêtes, de voir la famille et les copains et de continuer ses tournées avec Louis. Monsieur Louis comme on l’appelait était l’ami de toujours, l’inséparable, le vrai qui naviguait avec lui et sur lequel il pouvait compter….. une amitié indéfectible qui ne s’est jamais tarie au fil du temps…. et quand les deux compères partaient en virée ça décoiffait.

Lors d’un de ses retours, il avait décidé d’acheter une voiture, quelle folie !!! la voiture sommeillerait pendant des mois dans le garage et il n’avait pas le permis. Mais il n’en démordait pas, c’était plus pratique pour sortir et puis il savait conduire, le permis, il aurait bien le temps de le passer, tiens, dès son prochain retour de mer, il s’y attellerait.

Comme souvent le dimanche il allait en Belgique faire son plein d’alcool et de tabac. IL avait ses habitudes là bas et les douaniers belges le connaissait. Il blaguait tout le temps avec eux, il blaguait avec tout le monde et c’était formidable. Il faisait ses achats et retrouvait quelques copains dans un troquet avant de rentrer à la maison pour déjeuners en famille. Le repas du dimanche c’était sacré, j’ai des souvenirs de ces dimanches ou je retrouvais mes cousins et cousines et ou l’on passait des heures à ouvrir de vieilles malles dans le grenier. A cette époque, mon grand-père avait pris sa retraite de la marine et les souvenirs s’entassaient là haut, perdus dans la pénombre et la poussière de la petite maison coquette à trois étages dans une petite rue de St Pol sur mer.

Ce fameux dimanche il avait comme d’habitude passé la douane Belge mais horreur, ses copains douaniers n’étaient pas là, c’était un nouveau, un jeune qu’il ne connaissait pas du tout et lorsque le novice lui a demandé son permis ça a tout a coup marché moins bien puisque de permis, il n’en avait point !!!

Il a prétexté qu’il avait oublié ses papiers chez lui parce qu’il était parti vite fait, un ami était dans l’embarras et avait besoin de lui. Le douanier, après lui avoir dit qu’il fallait toujours avoir ses papiers sur soi, l’a laissé passer en lui disant qu’il allait en discuter avec la douane Française et qu’il règlerait ça à son retour quand il repasserait de l’autre côté, après tout, ça ne ne concernait pas vraiment la Belgique.

La douane à la frontière de Bray-Dunes était d’un seul bloc. D’un côté lorsqu’on entrait en Belgique, la douane Belge et de l’autre lorsqu’on en ressortait, la douane Française. Entre temps, le douanier Belge parlerait avec le douanier Français pour la non présentation du permis et peut-être que mon grand-père devrait aller au poste de Police le lendemain pour présenter son permis.

Croyez vous que papy ait été déstabilisé par ce contrôle ? …. il avait bien compris qu’il n’y échapperait pas dès son retour. La voiture et lui-même étaient signalés au poste de douane et c’est certain, il allait devoir fournir des explications.

En vieux renard rusé, arrivé dans son troquet préféré, il a simplement demandé à l’un de ses copains qui était monté en voiture avec un autre et qui était détenteur du permis, de conduire sa voiture pour le retour et c’est la fleur au fusil qu’il s’est présenté deux heures plus tard à la douane française, parfaitement décontracté, blaguant même avec le douanier. Celui-ci a bien regardé la voiture, il a adressé quelques mots à son collègue en disant, c’est la même voiture mais ce n’est pas le bon chauffeur et tout est passé comme une lettre à la poste aussi invraisemblable que ce la puisse paraître. Il n’y a jamais eu de suite, Papy n’a jamais été inquiété.

Du coup, il a finit par le passer ce fichu permis et il l’a tout de suite décroché, faut dire que depuis le temps qu’il conduisait, il s’était fait la main. Et bien, coup de chance pour lui, 8 jours après l’avoir obtenu, il se faisait contrôler par la police de la route en leur disant, « et bien cette fois-ci, je l’ai pour de vrai !!! »…. Les flics se sont regardés, l’ont regardé bizarrement, tout était en règle, ils l’ont laissé repartir.

Et s’il n’avait fait que ça…. Il partait pour un enterrement flanqué de son éternel pote, ma grand-mère l’attendait pour le repas et il rentrait deux jours après… il était tombé sur une bande de matelots qu’il connaissait, ils étaient partis en virée, ils avaient poussé jusqu’en Hollande et il n’avait pas eu le temps de rentrer !!! et ça, je peux vous garantir qu’il était coutumier du fait !!!

Une autre fois, il avait emmené mon père et son frère au jardin public, il avait encore rencontré des potes et tout en discutant avec eux, il avait oublié qu’il était avec les enfants et c’est tout naturellement qu’il était parti prendre un café et discuter avec la famille des amis.
Lorsque l’épouse de son copain lui a demandé des nouvelles de ses enfants, il s’est tout à coup rendu compte qu’il les avait laissés au jardin, mais c’était trop tard, les deux frères étaient à la gendarmerie et attendaient l’arrivée de ma grand-mère qui était furax de cet incident.

Il était adoré de la gent féminine, il était beau et plaisait énormément. Ma grand-mère le savait et là aussi elle avait finit par s’habituer à ses frasques. Elle disait souvent avec fatalité « les marins ont une femme dans chaque port ». Je crois que Papy n’échappait pas à la règle, des copines il en avait, mais il aimait rassurer ma grand-mère en lui disant qu’il n’y avait qu’elle qui comptait. Ma grand-mère lui pardonnait tout, et s’ils avaient des disputes mémorables, les réconciliations étaient toutes aussi fortes et ils ne pouvaient pas se passer l’un de l’autre.

Des anecdotes comme ça j’en ai des tonnes, j’en ai vécues qui m’ont follement amusée et d’autres que l’on ma racontées car mes souvenirs sont parfois confus. J’avais 10 ans lorsqu’il est décédé et ça m’a beaucoup marquée. Je me souviens du chagrin immense que j’ai eu et du temps qu’il m’a fallu pour y remédier. J’étais sa petite fille préférée, il se plaisait à me le dire mais je n’avais pas le droit de le répéter. Lorsque je lui demandais pourquoi moi, il me répondait que j’étais celle qui lui ressemblait le plus et j’étais fière quand il me disait ça.

Ce grand-père était magique, il était resté un grand enfant qui faisait des bêtises, mais en même temps il menait sa barque comme un adulte et surtout il avait un cœur en or. Il avait beaucoup d’amis, tout le monde l’aimait et parlait de lui avec respect. Il aurait fait n’importe quoi pour aider son prochain et même quand il n’avait pas, il trouvait encore à donner.

Il m’avait appris à grimper aux arbres, tel un matelot s’accrochant au mât, et quand nous allions chez ses copains dans le petit village de Corrèze où il avait acheté sa maison pour les vieux jours, nous chantions tous les deux en cœur des chansons d’Hugues Auffray. Le Dimanche nous partions en virée, et chaque été toute la famille se retrouvait dans la maison de Corrèze. Il y avait de la place pour les amis, nous étions des fois plus d’une vingtaine à table, il y avait des tentes dans le jardin et c’était royal. Il nous emmenait à vélo à travers champs, nous traversions des ruisseaux et des forêts, des sentiers inconnus, des chemins abandonnés….. Le soir nous faisions d’énormes parties de cache-cache ou de grandes promenades des jeux de cartes sous les étoiles…. Le dimanche c’était le tiercé, et après nous allions au restaurant puis visiter des châteaux, nous faisions parfois des centaines de kilomètres dans la journée.

Un soir d’avril, ma grand-mère a cru qu’il lui faisait encore une de ses blagues habituelles. Il était près de la cheminée, dans son fauteuil à bascule et il lui a dit qu’il se sentait mal. Il se tenait le cœur. Il l’avait fait tellement de fois cette blague là qu’elle n’y a pas prêté attention.
Elle a continué de vaquer à ses occupations et est partie au salon. Une demi heure plus tard, ne le voyant pas venir elle s’est inquiétée, il était toujours dans le fauteuil, mais la vie semblait le quitter.

Il venait d’avoir 63 ans, il s’appelait Jules, et c’était un papy formidable