Affichage des articles dont le libellé est Souvenirs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Souvenirs. Afficher tous les articles

jeudi 3 décembre 2009

Hammam


Dans son dernier article, Bérangère nous vantait les délices d’un hammam qu’elle a fait durant son week-end parisien ce qui du coup a ravivé un souvenir plutôt rocambolesque d’un hammam à Marrakech.


Nous sommes en août 2001, nous avons loué une villa dans le quartier du Guéliz, avec deux couples d’amis. L’endroit est somptueux, un immense portail en fer forgé s’ouvre sur un grand terrain planté de palmiers et d’arbres variés avec en face la piscine et le coin repas. A gauche la bâtisse orientale abrite du côté droit des chambres pour les locataires. Le reste de la maison sert d’appartement privé au propriétaire des lieux que nous ne verrons pas car il vit une partie de l’année en France. De l’autre côté du terrain, une bâtisse plus petite accueille deux chambres et une salle de bain. Nos deux couples d’amis sont dirigés vers les chambres de la bâtisse centrale, nous prenons quartier dans la petite maison qui est très sympathique mais qui va s’avérer aussi très chaude car elle ne possède pas de climatiseur.

Dans la cuisine Fatima s’active avec ses aides. Elle a trois jeunes femmes à son service et elle les mène d’une main de maître. Elles sont chargées de faire les courses, de nous préparer nos repas et d’effectuer l’entretien de nos chambres. C’est un peu comme à l’hôtel sauf que là c’est plus cool et qu’il n’y a pas vraiment d’horaires à respecter.

Le séjour se déroule parfaitement et on essaie le plus possible de ne pas vivre comme des touristes mais plutôt de se mélanger à la population. Fatima nous donne des adresses de restaurants et d’endroits typiques à visiter. Au bout d’une semaine, nous sommes tentées par le hammam, nous avons vu des publicités et les hôtels proposent tout un tas de possibilités aussi alléchantes les unes que les autres.

On se voit déjà dans les somptueux hammams, sirotant un thé à la menthe, massées par des créatures de rêve, bichonnées par de douces mains…. Un peu comme dans les films des mille et une nuits…. On veut le top du top, certains hôtels proposent des forfaits très intéressants, hammam, massage, collation, piscine….. on s’y voit déjà et on ne parle plus que de ça….

Fatima qui n’a pas loupé une miette de la conversation vient comme tous les soirs s’asseoir avec nous et prendre le dessert. Le hammam elle y va une fois par semaine et elle a ses habitudes dans un petit hammam pas loin de la villa. On veut du typique, on veut du vrai, alors pourquoi aller s’enfermer dans un hôtel avec les touristes alors qu’on peut faire local….et puis surtout pourquoi aller payer un truc hyper cher alors qu’on peut avoir aussi bien pour moins cher !!!!

C’est vrai finalement, Fatima a raison et elle sait se montrer persuasive. On va connaître un vrai hammam marocain et pas un hammam d’hôtel, et avec les économies qu’on va faire on pourra se faire plaisir dans le souk. On finit par se rallier à sa cause et on décide d’y aller le lendemain après midi, les hommes garderont les enfants.

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai senti le coup foireux dès le départ et mes craintes ne se sont pas apaisées quand on est arrivées dans le quartier ou était situé le hammam. On se dirigea vers une vielle bâtisse en pierre qui aurait bien eu besoin d’un bon ravalement. Je me souviendrais toujours du rideau de la porte d’entrée avec des lamelles en plastique multicolores qui pendouillaient dans tous les sens et de la mégère qui gardait la caisse.

J’ai eu un moment de recul et je regardais les copines qui ne pipaient mot. On était partagées entre la crainte, l’envie de détaler comme des garennes et aussi une folle envie de rire qui était certainement due à la nervosité ambiante.

Il faut dire que l’endroit était vraiment glauque, on se serait cru à la cour des miracles. Un long couloir partageait le bâtiment en deux, d’un côté les hommes et de l’autre les femmes.
La tenancière avait du se laver les cheveux dans un bain d’huile et sa blouse n’était pas de la première fraicheur, elle avait dans ses cheveux une vieille barrette qui tenait par l’opération du Saint Esprit. Ses bras ressemblaient à ceux d’un poupon bien grassouillet et ses fesses débordaient de la chaise.

Elle nous donna une clef pour notre casier et une serviette qui n’était plus de la première fraicheur et qui n’avait pas du être lavée avec la lessive qui lave plus blanc. On se dirigea vers le vestiaire qui était en fait un vestiaire commun. Fatima nous laissa là et nous indiqua qu’elle partait faire quelques courses. On se retrouva donc entre nous et les langues se délièrent aussi sec. Ce n’était pas vraiment ce qu’on avait imaginé, on se disait qu’on aurait peut-être pas du entrer mais qu’on ne voulait pas vexer Fatima. En tout cas l’endroit n’était pas reluisant et nous n’étions pas vraiment tranquilles car on avait aperçu deux ou trois loustics à la mine patibulaire qui nous reluquaient avec insistance lors de notre passage dans le couloir qui menait au vestiaire.

J’osais à peine m’asseoir sur le banc en bois et je m’étais enroulée dans la serviette, ayant pris soin auparavant de l’examiner dans tous les sens. Elle était rêche et ça m’irritait la peau déjà sensibilisée par le soleil. J’avais mis mes vêtements et mon sac dans le casier et je m’empressais d’attacher la clé autour de mon poignet. L’ambiance se détendait peu à peu et on se risquait même à rire de la situation. On avait ordre d’attendre que l’on vienne nous chercher, nous avions le luxe d’avoir chacune une personne à notre service, c’est Fatima qui l’avait exigé et ils avaient même fait venir une personne qui était en congés….

Je ne sais pas pourquoi mais je m’accrochais à ma serviette comme une huitre à son rocher…. J’étais hyper stressée et j’avais beaucoup de mal à me détendre, le manque d’hygiène de l’endroit me gênait énormément et s’il n’y avait pas eu les copines, j’aurais pris mes jambes à mon cou !!!

Elles sont arrivées comme un seul homme, elles ont fait irruption dans le vestiaire et il fallait le voir pour le croire. Trois bonnes femmes avec chacune un gant de crin. L’une d’elle qui semblait être la chef, portait en supplément un grand seau de savon noir !!! Elles nous ont fait rentrer dans une première chambre ou il faisait chaud mais pas suffocant et nous ont fait asseoir à même le sol, elles ont déposé gants et seau et sont ressorties.

On a commencé à se détendre, la vapeur et la chaleur humide aidant et on s’est même pris le luxe de rire de la situation. Nous étions entre nous et il n’y avait personne d’autre, comme si le hammam n’avait été réservé que pour nous. On avait bien une idée de la suite des évènements, chacune d’entre nous serait savonnée par une des bonnes femmes, elles nous faisaient plutôt peur qu’autre chose et étaient très loin des belles créatures aperçues sur les dépliants des hammams des hôtels.

Forcément et comme d’habitude, j’ai hérité de la plus vilaine. J’osais à peine la regarder, elle devait approcher la soixantaine. Elle avait revêtu une simple tunique et j’apercevais sa lourde poitrine qui pendait. Elle me faisait peur cette poitrine et c’était plus fort que moi mais je ne pouvais cesser de la regarder. Elle avait attaché ses cheveux qui commençaient à grisonner et il lui manquait deux dents dans la bouche ce qui lui donnait un air de sorcière et je l’ai tout de suite comparée à la sorcière de Blanche Neige. Quand elle s’avança vers moi avec son gant de crin, j’avais l’impression qu’elle me tendait la fameuse pomme qui me ferait dormir à tout jamais.

Elle parlait très mal le français et avalait ses mots, alors je me contentais parfois de faire un signe de la tête quand je ne comprenais pas….les copines n’étaient pas mieux loties mais elles semblaient beaucoup plus décontractées que moi. La sorcière m’attrapa tout à coup et m’arracha la serviette qui me recouvrait, elle la jeta négligemment sur le côté et se mit à me savonner avec frénésie si bien que j’en avais le souffle coupé. J’entendais les copines glousser car pour elle ça n’avait pas encore commencé et elles avaient tout loisir de m’observer. Elle m’enduisait de savon noir et pas un recoin n’y échappait. J’avais du mal à tenir assise et je me souviens même d’avoir glissé ce qui nous a bien fait rire. L’autre m’a rattrapée par la jambe et m’a remise en selle !!! Entre temps les copines étaient prises en main elles aussi et petit à petit la décontraction fut de mise et la partie tourna à la franche rigolade.

Les trois bonnes femmes ne comprenaient pas pourquoi on gloussait comme des poules, elles échangeaient en arabe ce qui fait que l’on ne comprenait pas mais je crois qu’on s’en foutait. Ma sorcière tentait de m’expliquer les bienfaits du savon noir et quand elle empoigna le gant de crin forcément ça marcha moins bien !!! elle me frottait tellement énergiquement que j’ai cru qu’elle allait m’arracher la peau et du coup j’étais un peu réticente.

Elle voulait me prouver par A + B les bienfaits de sa façon de procéder je n’étais pas convaincue pour autant. J’avais toujours appris qu’un gant de crin s’utilisait en petits massages circulaires, par effleurement et elle elle arrivait avec ses gros sabots et me plantait carrément le gant dans la peau. Elle me vanta ensuite son ancienneté dans le métier et la satisfaction des clients, je n’étais toujours pas convaincue pour autant et j’attendais avec impatience que le supplice se termine. Quand elle arriva avec le gant sur ma poitrine je l’arrêtais tout de suite, il n’était pas question qu’elle s’y aventure, c’est une zone sensible et je n’avais pas envie de me retrouver sans peau !!! Bien sur elle ne comprenait pas et se dit que je faisais du chichi, elle faisait ça tous les jours mais je n’en démordais pas et lui fit nettement comprendre que c’était mon problème et pas le sien. Elle continua sa tâche tout en maugréant et termina le tout par un seau d’eau tiède qu’elle me versa par-dessus la tête. On avait voulu du typique on l’avait. Une des copines avait chopé un fou rire en me voyant ainsi et ne pouvait plus s’arrêter.

On passa ensuite dans deux autres chambres différentes mais sans les sorcières cette fois et la fin de la séance tourna au fou rire général. On ne pouvait plus s’arrêter. On se dit qu’on garderait un souvenir inoubliable de ce passage au hammam et c’est effectivement le cas. Quand Fatima vient nous récupérer on lui raconta que tout s’était bien passé, et on ne s’attarda pas sur le sujet. On avait imaginé un moment de volupté, de sérénité, une détente dans un bel hammam rutilant de propreté, un repos sur une chaise longue en sirotant un thé, les mains expertes et douces d’une jolie masseuse…. Des huiles aux odeurs orientales épicées……


Adieu veau, vache, cochon, couvée, on a pas eu de chateau en espagne mais à la place une bonne rigolade.....

Finalement la semaine suivante, quand Fatima nous proposa d'y retourner, je ne sais pas pourquoi tout à coup, on fut toutes prises d'une grosse fatigue.....et c'est toute seule qu'elle alla dans son hammam préféré !!!

jeudi 22 octobre 2009

Mélanie



J’avais entendu parler d’elle en termes peu élogieux. Elle n’avait que 16 ans mais était déjà très effrontée et cumulait de petites bêtises sans gravité mais qui dérangeaient beaucoup de personnes.

Lorsque nous avons mis sur pied un programme de formation pour l’obtention du CAP petite enfance, mon élue a pensé à elle, nous devions recruter 7 jeunes femmes qui étudieraient en alternance, une semaine dans une école maternelle de notre commune et une semaine en formation dans un internat de la région de Caen. Ce n’était pas gagné et elle savait qu’elle prenait un risque mais c’était une chance pour cette jeune fille un peu paumée et il fallait la tenter.

Mélanie a débarqué un beau matin dans mon bureau, elle n’avait pas rendez-vous mais mon élue lui avait parlé de moi et elle voulait me rencontrer. Partant du principe que nous étions au service de la population locale, j’acceptais toujours de recevoir les gens, même s’ils n’avaient pas rendez-vous, j’étais un peu plus sélective avec les boites privées ou les fournisseurs, mais pour les habitants je répondais toujours présent même si parfois ce n’était pas évident.

Je me souviens de sa bouille ronde, de ses cheveux décoiffés et de ses yeux plein de malice qui animaient son visage. De jolis yeux pétillants et plein de vie, des yeux coquins qui transmettaient des envies de bêtises à chaque instant et qu’on ne pouvait s’empêcher d’apprécier. De taille moyenne elle était légèrement ronde mais de jolies rondeurs qui lui allaient à merveille. Jean’s délavé, baskets et sweat, chewing gum dans la bouche qu’elle mâchait nonchalamment telle un bovin broyant son herbe, Mélanie venait de faire son entrée dans ma vie !!!!

D’emblée j’ai été emballée par ce petit bout qui dépassait à peine le mètre 60 et qui déjà traînait une tonne de casseroles vis-à-vis de ses voisins de quartier, de son collège et des élus de la ville qui en avaient marre de ses frasques. Elle n’était pas bien méchante, elle allait taquiner les gosses à la sortie de l’école, s’embrouillait avec les voisins et des fois distribuait des baffes à qui lui tenait trop tête, mais ça s’arrêtait là. Mélanie c’était une sale gosse qui avait besoin d’un peu d’attention et qui cherchait par tous les moyens à se faire aimer. Mélanie il suffisait simplement de l’apprivoiser.

Tout s’est fait naturellement entre nous. Je n’ai pas joué les moralisatrices, je lui ai parlé des chances qu’elle avait d’être prise parce que nous avions une sacrée liste d’attente, je lui ai montré les débouchés qu’elle aurait en décrochant son diplôme, elle qui n’avait pas été une élève assidue, elle avait là l’occasion de se rattraper et de nous prouver qu’elle était capable et nous on y croyait !!! Elle m’a parlé un peu d’elle et de sa vie qui n’était pas bien brillante et j’ai vite cerné le personnage, Mélanie manquait d’amour, Mélanie avait besoin d’être rassurée, Mélanie avait besoin d’être reconnue, Mélanie avait besoin que l’on croit en elle, Mélanie manquait de repères….

Je lui ai dit que je l’aiderai, qu’elle pouvait passer me voir quand elle le souhaitait, que je serais toujours là pour elle et que moi j’y croyais !!!

Mélanie a commencé les cours. Une semaine sur deux elle prenait le train le lundi soir avec les 6 autres filles, elle était toujours seule sur le quai de la gare, les autres avaient leur maman, une sœur ou quelqu’un de la famille….Mélanie se faisait déposer, sa famille n’avait pas le temps pour elle, pas toujours de voiture pour l’accompagner…… au bout d’un mois et demi, elle est venue me voir en disant qu’elle voulait arrêter.
Je savais que ce moment arriverait mais je ne voulais pas lâcher l’affaire. Je sentais sa souffrance et je voulais réellement la valoriser car j’étais persuadée que c’était la clé de ses problèmes et Mélanie avait un besoin vital d’être rassurée et reconnue. Nous avons beaucoup discuté, je voyais que l’heure du train aller arriver et mon défi c’était qu’elle y monte et qu’elle se rende à ses cours. Elle a fini par accepter et nous sommes parties ensemble chez elle préparer ses affaires, je l’ai ensuite déposée à la gare et j’ai regardé le train partir en lui faisant coucou de la main.

C’est devenu un rituel, les premières fois elle me faisait le coup du « je ne veux plus y aller » mais elle avait son sac de voyage avec elle alors je lui disais « bon je t’accompagne », puis c’est devenu très vite une habitude, je savais qu’un lundi sur deux, j’accompagnais Mélanie au train de 5 h 17 !!!

Elle venait souvent longtemps à l’avance de sorte que je lui faisais réviser ses leçons, je vérifiais ses devoirs. J’aime autant vous dire que les filles du service se moquaient de moi, je perdais mon temps, Mélanie était irrécupérable. J’avais expliqué à mon élue la tournure que prenaient les choses parce que forcément ça empiétait un peu sur le travail, ça commençait à jaser en Mairie, mais elle était d’accord avec moi, il ne fallait pas laisser tomber Mélanie, c’était important. Pour moi ce n’était pas compliqué, je m’étais vraiment prise d’affection pour elle et j’avais beaucoup de plaisir à l’aider.

Un jour Mélanie m’a invitée à aller chez elle, elle voulait me présenter à sa famille. Un père souvent absent, une maman dépassée par les évènements, un frère plus jeune un peu déjanté, une sœur ainée brillante qui faisait ses études d’infirmière. On avait l’impression que les rôles étaient inversés quand on voyait Mélanie et sa mère……

La maman me remercia pour tout ce que je faisais, depuis qu’on avait pris Mélanie en main ça allait beaucoup mieux. Tout au long de l’année scolaire, Mélanie est passée me voir régulièrement, souvent elle m’apportait des petits cadeaux, ça me gênait mais il ne fallait surtout pas que je refuse. C’était souvent des friandises parce qu’elle connaissait mon côté gourmand. Les collègues avaient fini par l’apprécier aussi, elles reconnaissaient les efforts, Mélanie faisait partie du décor désormais et surtout elle ne faisait plus de bêtises !!!

Mélanie n’a pas eu son CAP malgré les efforts qu’elle avait fournis, elle avait un trop grand retard scolaire, trop d’années accumulées à faire le pitre à l’école et à ne rien écouter. Je crois qu’à l’épreuve pratique elle avait fait un fiasco en préparant une purée pour bébé……Je n’étais pas déçue mais triste pour elle, elle n’avait pas réussi mais moi j’avais gagné mon pari de lui donner cette seconde chance et surtout de lui donner confiance en elle, de lui faire comprendre qu’elle existait et qu’il y avait des gens qui l’aimait.

Mélanie n’est jamais restée sans me donner de nouvelles. J’ai continué de l’encourager et de croire en elle. Elle a fini par rencontrer un gentil garçon, courageux et bosseur et ils se sont mariés.

Aujourd’hui, Mélanie est une jeune femme de 27 ans, épanouie avec 4 enfants dont l’ainé est très brillant, il a déjà sauté une classe et il semble promis à un bel avenir. Elle habite un joli pavillon dans la banlieue de Rouen et s’occupe très bien de ses enfants. Malgré mon départ en Israël, elle me donne régulièrement de ses nouvelles et j’ai promis d’aller chez elle quand je viendrais en France. Je ne manque pas, à chaque fois de lui dire que je suis fière de ce qu’elle est devenue et que je savais qu’elle réussirait.

Mélanie a réussi à sa façon, son rêve n’était pas d’avoir un job et de gagner des millions. Elle voulait tout simplement fonder une famille, avoir une maison…. Elle voulait rencontrer des gens qui l’aiment et qui croient en elle…..

Aujourd’hui, Mélanie a gagné son pari….

mercredi 23 septembre 2009

Le papillon quitte la chrysalide

Juliette s’est tout de suite montrée bonne élève et à commencé à se dévoiler petit à petit.

J’avais pour habitude le matin de toujours aller à la boulangerie voisine chercher des pains au chocolat ou des chouquettes, mon pêché mignon. Je passais ensuite des heures à nager, à faire du step ou encore du sauna pour éliminer mes excès alimentaires afin de garder la ligne.

Juliette mangeait de bon cœur tous les matins et plus que de raison, elle trempait souvent les mets dans son thé ce qui avait le don de m’amuser, je trouvais aussi qu’elle avait beaucoup de chance de pouvoir avoir la taille fine en mangeant tout ce qu’elle mangeait alors elle me fit une confidence…. elle ne mangeait pas tous les jours à sa faim, le soir elle ne mangeait jamais et buvait simplement une tisane et le midi c’était un jour sur deux parce que financièrement elle ne pouvait pas se le permettre.

Cette déclaration m’assomma d’un coup et me conforta dans mon envie d’aider Juliette a qui décidément la chance ne souriait pas. Moi j’avais tout ce qu’il fallait, une maison sympa qui serait à moi dans quelques années, un mari coureur de jupons mais qui savait si bien le cacher que je ne voyais rien, un petit garçon, adorable blondinet aux yeux bleus qui faisait craquer tout le monde, un job dans lequel je m’épanouissais, une carte bleue que je pouvais dégainer quand il me chantait….. Je volais au secours de Juliette tel un chevalier au secours de sa belle. Je serais désormais son ange gardien le temps que sa situation rentre dans l’ordre et rien ni personne ne pouvait m’arrêter.

Afin de la faire sortir un peu et de lui faire rencontrer du monde, je l’invitais aux matches de Handball le samedi soir, -mon mari du moment jouait à cette époque en équipe première- et ce qui était intéressant c’était la troisième mi-temps. Nous nous retrouvions tous au restaurant et ensuite nous finissions la soirée en boite de nuit pour n’en ressortir qu’aux aurores.

Il y avait dans cette équipe encore quelques célibataires et je pensais que peut-être Juliette y trouverait son bonheur. Je me souviens d’une soirée mémorable, l’équipe avait gagné et était première du classement, la soirée battait son plein, le maire de la commune qui était aussi président du club était en grande discussion au comptoir avec un élu régional, il me faisait signe de le rejoindre pour me présenter cette personne. Je me levais et laissait Juliette en train de siroter un whisky coca. Alors que nous conversions tous les trois, Juliette s’apercevant de mon absence se leva pour nous rejoindre et fit une arrivée remarquée près du bar en affirmant haut et fort « mes aieux, quelle soirée, j’ai rien mal aux arpions » !!!!! ce qui eu le don de jeter un léger trouble parmi notre élu régional.

J’ai tout de suite chaperonné Juliette jusqu’à notre place tout en la sermonnant gentiment, il fallait à tout prix qu’elle corrige son langage parce que comme ça ce n’était pas possible….en même temps, j’étais morte de rire et vu que l’élu en question était plutôt coincé, je me disais qu’il l’avait bien mérité !!!

Juliette fit des efforts, tant dans sa tenue vestimentaire que dans son langage. Je la corrigeais à chaque fois et la félicitait chaque matin. Elle prenait de l’assurance. Au niveau du travail il y avait des progrès aussi et même si je n’étais pas complètement satisfaite il fallait souligner les efforts.

Mes collègues de travail me félicitaient pour ma perspicacité mais n’étaient pas convaincues de la loyauté de Juliette à mon égard. Elles restaient persuadées que Juliette profitait de moi et qu’à la première occasion, elle me jetterait. Elles trouvaient aussi que Juliette commençait à avoir la grosse tête et semblaient étonnées que je ne m’en aperçoive pas.

Juliette s’épanouissait à vue d’œil et tellement bien qu’elle commençait à snober les collègues de travail et à les prendre de haut. Je devais parfois m’énerver parce qu’elle se mêlait de tout et ne comprenait pas toujours les situations si bien qu’elle faisait parfois des gaffes qui pourraient nous coûter cher à toutes les deux. Quand je tentais de lui expliquer les choses, elle boudait dans son coin, capable de ne plus m’adresser la parole des heures durant. C’était une facette d’elle que je ne connaissais pas encore et c’était assez désagréable. En fait elle n’admettait pas les critiques, je tentais alors de la persuader que c’était pour son bien, que j’étais là pour l’aider, elle me répondait que c’était méchant et que ça ne l’aidait pas, au contraire, ça la déprimait !!!

J’avais parfois des moments de doute, et mes collègues avaient raison, Juliette avait chopé la grosse tête et c’était flagrant. Je m’en amusais presque sauf quand ça dépassait les limites et là c’était carrément agaçant. Lorsque des gens venaient, je présentais toujours Juliette comme mon assistante, faisant partie intégrante du service, il ne me serait jamais venu à l’idée de dire « je vous présente Juliette, elle effectue un TUC »….Ca plaisait énormément à Juliette d’être présentée comme ça, tellement bien qu’elle finissait par croire qu’elle était elle aussi la collaboratrice du Maire et elle se présentait comme telle à l’extérieur.

Un jour, elle est montée avec un futur directeur d’entreprise dans le bureau, elle l’avait rencontré dans le hall de la mairie en descendant du travail à la collègue de l’accueil (elle aimait bien faire ça, elle lui donnait des tonnes de directives sur un ton qui n’admettait aucune réplique, je récupérais ensuite les plaintes par téléphone) ce Monsieur souhaitait un entretien avec le Maire car il voulait s’implanter dans la commune et comme si de rien n’était, notre Juliette s’est avancée vers mon bureau, a pris le carnet de rendez-vous et a commencé calmement à discuter avec lui, m’ignorant complètement et me laissant comme deux ronds de flan !!!

C’était une première alerte qui aurait du attirer mon attention sur le comportement de Juliette… mais je l’ai négligée….

Un week-end, nous partions en bus pour une manifestation à Paris. Je proposais à Juliette de nous accompagner, il y avait ce jour là un célibataire que je connaissais et qui cherchait la femme de sa vie. Je dis à Juliette que peut-être c’était elle, je le sentais, il fallait à tout prix qu’ils se rencontrent, elle se moquait de moi, personne ne trouvait grâce à ses yeux. Elle voulait un homme parfait…..

Pourtant j’avais tapé dans le mille, ce jour là grâce à moi, Juliette rencontrait Renaud qui deviendrait quelques mois plus tard son mari…… , j’étais loin de m’imaginer qu’en voulant faire le bien, je découvrirais la vraie personnalité de Juliette et que je resterais au bord du chemin……. (à suivre)…..

mardi 22 septembre 2009

Juliette




A cette époque, les T.U.C. (travaux d’utilité collective) fleurissent un peu partout et la mairie où je travaille n’échappe pas à la règle. Il y en a souvent un dans chaque service administratif, et plusieurs dans les services annexes.

Pour certains, les T.U.C. c’est bien pratique, c’est pas payé cher et on peut leur filer tout le boulot ingrat, celui qu’on a pas envie de faire et s’il est écrit dans la Loi qu’on doit leur donner une formation, que ce stage d’un an est un tremplin pour un futur emploi, toutes ces belles résolutions passent bien souvent à la trappe.

Ce jour là, mon attention est attirée par Juliette*. Ca fait plus d’une quinzaine de jours qu’elle est au service Etat-Civil et je la trouve triste, souvent seule et pas vraiment intégrée au groupe des filles…. Elles sont en pause et papotent dans leur petite pièce spécialement aménagée à cet effet. Les discussions vont bon train, thé, café, gâteaux… c’est le dernier salon où l’on cause et comme c’est le premier service que l’on aperçoit quand on rentre dans la mairie, c’est aussi un lieu de passage et de commérage.

Je suis descendue à l’accueil pour donner des documents à mettre sous pli. La jeune femme de l’accueil se plaint de ne jamais rien avoir à faire et c’est avec plaisir qu’elle s’acquitte de cette tâche, même si ce n’est pas glorifiant pour elle. Elle m’appelle souvent dans la journée pour me demander si je n’ai pas des choses à lui confier. J’entends mes collègues de l’Etat-Civil glousser de bon cœur et du coup j’ai envie de me mêler à la rigolade. Lorsque je passe derrière le comptoir j’aperçois Juliette et le fait de la voir seule m’attriste alors du coup, c’est vers elle que je me rends.

On parle très peu, Juliette est timide et discrète, moi je ne veux pas trop empiéter parce que je sens qu’elle s’impose des barrières, nous échangeons quelques banalités et du coup je remonte dans mon bureau.

Petit à petit, j’apprivoise Juliette…. Chaque jour nous parlons un peu ensemble et lorsqu’il y a des documents à me transmettre, c’est Juliette qui s’y colle et chaque fois qu’elle doit aller dans un service, elle fait un détour par mon bureau. J’apprends ainsi qu’elle n’a pas beaucoup de travail, qu’elle s’ennuie, qu’on ne lui donne que des tâches peu intéressantes à faire et qu’elle n’arrive pas à s’intégrer au groupe.

J’en discute avec la responsable du service qui bien sûr me donne un son de cloche totalement différent… Juliette s’est mise à part dès le premier jour, elle est toujours renfermée, tout le monde a bien essayé de la faire participer mais c’est peine perdu, alors les filles ont lâché l’affaire…..

Un matin Juliette monte dans mon bureau et pleure, elle ne supporte plus l’ambiance du service et aimerait en changer, elle vient me demander si je peux l’aider et si je peux en parler au Maire, tout en suggérant que ça serait bien si elle pouvait bosser avec moi.

En « bon Samaritain » que je suis, je vole tout de suite à son secours et comme je suis une passionnée, je prends le dossier à pleine mains et je sais déjà que je vais demander au Maire d’intégrer Juliette à mes côtés.

Ca ne va pas être facile, le poste que j’occupe est particulier et le Maire ne veut personne dans le bureau. Il va donc falloir que je sois perspicace et convaincante…. J’affute mes armes et j’ai la journée pour préparer mon argumentation, le Maire est à Paris et ne rentrera qu’en soirée…..

Ma requête est acceptée rapidement, j’ai trouvé les mots qu’il faut et au bout de 20 minutes le maire est d’accord pour que Juliette intègre mon bureau, à certaines conditions cependant, de la discrétion et un travail fructueux, il faut que Juliette soit formée lorsqu’elle quittera le service.

Une semaine plus tard, Juliette me rejoint avec un grand sourire, laissant derrière elle ses anciennes collègues qui finalement se fichent pas mal de son départ mais qui ne ratent pas l’occasion pour déblatérer derrière son dos et profitent pour en rajouter une couche à mon égard….. Elle devient ainsi « ma petite protégée » et on me souhaite bon courage, d’un air de dire que j’ai récupéré le vilain petit canard et que je ne suis pas au bout de mes peines car je ne la connais pas !!!

Effectivement, Juliette ce n’est pas la grande classe et si physiquement elle est agréable, il ne faut pas qu’elle ouvre la bouche parce qu’Arletty dans « L’hôtel du Nord » n’a rien à lui envier. Avec Juliette il faut souvent décrypter les mots en argot, ajouté à cela quelques gros mots, ça donne un mélange détonnant et quand on est pas habitués ça décoiffe !!!

Mais je ne m’arrête pas à ça. Juliette du travail je vais lui en donner, je la formerai aussi, Juliette ne sera pas « Un T.U.C. » mais une personne à part entière à qui on confiera de petites responsabilités….. quand on boira le café, Juliette sera avec nous, quand Juliette quittera mon bureau elle pourra affronter le monde du travail….je m’en fais la promesse…..et surtout, je ne veux plus voir ce masque de tristesse sur son visage, je veux voir Juliette rire, je veux la voir à l’aise, je veux la voir s’épanouir……..

Toutes mes résolutions ont le don de bien faire rire mes collègues de travail qui se demandent pourquoi je dois toujours m’intéresser aux éclopés de la vie….. « tu vas encore te faire avoir » me jette l’une d’entre elle !!!!

Moi je n’écoute pas……persuadée que derrière Juliette se cache une rose…. Je vais m’employer à la faire éclore et je vais y mettre toute mon énergie…… et croyez vous qu'il y aura des réusultats ? ....... (à suivre).....


* Prénom d'emprunt pour préserver l'anonymat de Juliette

lundi 24 août 2009

En voiture avec François




Je suis allée fouiller dans mon ancien blog et j'ai décidé de remettre de vieux messages qui me plaisent beaucoup et qui n'ont pas été commentés parce qu'à l'époque j'avais peu de traffic. J'en balançerai un de temps en temps parmi ceux que je préfère....

Pour aujourd'hui voici un fameux souvenir qui, quand j'y pense me fait bien rire..... c'est une histoire vraie...... évidemment, aujourd'hui, avec ma sagesse, je n'oserai pas !!!

Nous sommes en 1988, la campage électorale présidentielle bat son plein. A l'époque je travaille au cabinet d'un maire socialiste et nous sommes en pleine effervescence !!!

De temps en temps, l'après-midi, je monte au siège du parti socialiste pour donner un coup de main. C'est une belle époque, on a encore un idéal et j'aime les valeurs que nous défendons. J'adore les campagnes électorales, mon bureau est une vraie ruche ou s'activent tous les militants, il est le point central, le QG oserai-je dire.

Je ne compte pas mes heures, le temps n'a pas d'importance, je peux me lever à 5 h du matin pour aller coller des affiches et rentrer tard le soir après les dernières réunions, c'est ça le militantisme.... on est une bande de copains et on a la même vision des choses et les mêmes aspirations.

Cet après-midi là on me charge d'une mission, aller récupérer les affiches officielles et les emmener au siège du PS, elles seront ensuite redispatchées entre les différentes sections du département. J'ai une petite golf GTI noire, c'est la mode et je crois que je frime un peu avec ma bagnole faut bien l'avouer....allez, je suis jeune, je suis pardonnée, Quoi ? me dites pas que vous avez jamais frimé un peu vous ? ouai.... j'vous crois pas......

L'imprimeur charge le coffre avec des paquets entiers d'affiches grand format, par manque de place il en met également sur la banquette arrière. Je file vers le siège du PS, je file un peu trop vite peut-être, le compteur monte rapidement avec cette petite bombe..... je ne suis pas préoccupée par la voiture ni par la route d'ailleurs, je pense à tout ce qu'on a encore à faire avant le jour du vote, j'ai mille idées dans la tête.... il fait beau en ce mois de mai.... je chante, j'écoute France Gall....

Je me fais cueillir à la sortie d'une belle ligne droite. La maison Royco est planquée dans un coin, ils sont deux dans le comité d'accueil. Je ne suis pas fière, j'ai une trouille bleue de tout ce qui est uniforme, ça me vient de l'enfance, ma grand-mère me faisait peur avec le garde champêtre, il était pourtant pas méchant mais lorsque je faisais une bêtise elle me disait je vais t'emmener voir Lucien !!!

- Gendarmerie nationale bonjour, papiers du véhicule et permis de conduire s'il vous plait !!

J'me dis, là ma cocotte t'es mal barrée, tu vas te prendre une soufflante pour commencer et ensuite un beau PV !!! J'essaie de ne pas montrer mon trouble.... j'ai deux options, sois je fais ma blonde idiote mais quand je vois le moustachu l'air pas aimable qui me contrôle, je sens que ça va l'agacer deux fois plus alors je choisis le plan B .

- vous roulez pas un peu vite là ?

- ah bon vous croyez ? j'ai pas fait attention, faut dire que je transporte quelque chose de la plus haute importance et que je suis pressée, j'ai peut-être un peu accéleré mais franchement sans m'en rendre compte, vous savez je fais toujours très attention, je suis respectueuse du code de la route mais là, avec François dans le coffre j'avoue que je suis un peu perturbée....

Le gendarme est perplexe, il regarde son compère....

- François dans le coffre ?

L'autre s'approche de la voiture, regarde à l'intérieur et regarde son collègue d'un air interrogateur....

- François ? mais de qui parlez vous ?

- François Mitterrand bien sur, de qui voulez vous que je parle !! Il est dans mon coffre de voiture et c'est pour ça que je suis pressée, on m'attend à la section du parti socialiste et je suis déjà en retard !!!

Le gendarme s'affole, il déglutit et devient pâle....

- Vous vous moquez de moi ? ouvrez-moi ce coffre tout de suite !!

Je sors de la voiture avec un aplomb pas possible, je ne me reconnais pas, ce n'est pas moi là tout de suite..... un petit lutin diabolique vient d'entrer dans mon corps..... je ne maîtrise plus rien mais je fais semblant,..... j'ouvre mon coffre avec une assurance à en faire pâlir plus d'un !!

- voyez bien que je ne me moque pas de vous, c'est bien François Mitterrand là dans mon coffre, je dois livrer tout ça et très rapidement, vous savez ça rigole pas là bas, je suis en retard, je suis fonctionnaire comme vous moi, j'ai peur de me faire engueuler... voyez pas qu'on me vire parce que je fais pas mon travail correctement.

Grand silence... les deux acolytes se regardent, ils sont passés par toutes les couleurs, je sens qu'ils se détendent un peu.... je n'ose pas les affronter, je crois que pour eux c'est pareil. ILs se demandent à qui ils ont affaire.... est ce que je suis quelqu'un d'important, est ce que je pourrai leur causer des ennuis, est ce que si ils me verbalisent je ne vais pas faire sauter la contravention avec mes appuis politiques......

Le moustachu s'excite, je vois bien qu'il s'excite, il regarde son collègue comme pour se donner du courage, il respire un grand coup et prend un air solennel...

- bon allez, circulez, c'est bon pour cette fois mais faites bien attention hein, parce que la prochaine fois je serais obligé de verbaliser !!!

mardi 4 août 2009

Destination finale



Le voyage se déroule calmement, aucun des animaux ne se manifeste. Linotte la chatte est complètement assommée par le médicament, Moïse est sage et apprécie d’être avec nous car l’effervescence de ces derniers jours, les cartons et les valises ne lui laissaient rien présager de bon et peut-être qu’il avait peur de ne pas être du voyage, quand à Sacha le perroquet, il a le sifflet coupé depuis notre départ.

J’essaie de faire le vide et de ne penser à rien. Je ne veux surtout pas me poser de questions car je sais que ça va me stresser. Je préfère me laisser porter par les évènements mais je sens déjà que ma vie prend une autre tournure et se dirige vers quelque chose que je ne maîtrise pas vraiment.

J’ai beau essayer, je n’arrête pas de penser à ce que je laisse derrière moi. Je regarde Rébecca qui s’est assoupie et je me dis que je l’emmène vers l’inconnu… est ce que j’ai le droit de lui imposer ça ? il en va de même pour Marianne, elle a laissé ses copines en France, il y a son père aussi là bas… est-ce normal de la priver de tout ça ? et mon fils…je suis une mauvaise mère, je l’abandonne…..

Mais l’heure n’est plus aux questions, il fallait y penser avant, nous avons pris cette décision tous ensemble, nous n’avons rien imposé à personne sauf peut-être à Rébecca qui est encore trop petite pour donner son avis, il faut maintenant aller de l’avant et essayer de se reconstruire une nouvelle vie sur cette nouvelle terre dont j’aperçois au loin les premiers contours….

Il est presque 21 heures lorsque nous foulons le sol Israélien. Je suis trop stressée pour avoir une émotion, c’est maintenant que l’aventure commence, en cet instant précis, c’est maintenant que ma vie va changer, il est 21 heures, nous sommes le 5 août 2002, dans quelques instants je vais être Israélienne.

Dès notre descente d’avion, nous sommes attendus par une personne qui nous emmène à l’étage de l’aéroport. Nous ne sommes pas passés au contrôle des passeports et ne récupérons pas nos bagages. L’équipe chargée d’accueillir les personnes qui font leur aliyia s’occupe de tout. A mon grand regret je dois laisser mes trois cages en bas, ça me stresse un peu mais on me rassure qu’elles seront surveillées et que je n’ai rien à craindre.

Nous ne sommes pas seuls là haut, il y a des gens qui arrivent d’autres pays. Nous sommes à peu près une trentaine de familles. Il y a des sièges pour s’asseoir, il y a des boissons, des gâteaux et des sandwichs. Je force les filles à manger un peu, je ne sais pas combien de temps on va rester là haut, on a surement un tas de documents à remplir.

Les familles sont appelées une par une, il y a un énorme guichet et trois personnes en tout pour gérer les dossiers. On va attendre un peu plus d’une heure avant d’être appelés, je pense à mes animaux en bas, ça fait plus de 08 heures que le chien est en cage et exactement 12 heures pour le chat et le perroquet. Rébecca commence à montrer des signes d’impatience et de fatigue aussi.

Notre tour arrive enfin, il ne reste plus grand monde, on nous fait remplir des documents, on nous explique brièvement que dans les jours qui suivent on doit aller ouvrir un compte en banque (pour nous c’est déjà fait, on est venus en avril et on l’a ouvert) on doit aussi aller au Ministère de l’intégration pour recevoir une carte d’identité Israélienne et un « Mahavar » qui ressemble à un passeport, c’est un laisser passer qui nous permettra d’entrer et de sortir du pays et au bout d’un an on recevra notre passeport définitif.

A partir de ce moment on nous informe que nous avons les mêmes droits que les israéliens. On nous donne une somme d’argent en liquide et dans quelques jours une autre sera virée sur notre compte, cette somme est basée sur le nombre de personne qui compose la famille et on bénéficiera de plusieurs versements. Cette dotation est sensée nous aider dans le démarrage de notre nouvelle vie. Chaque nouvel émigrant en bénéficie. On touchera des allocations familiales, on ne paie pas d’impôts pendant 5 ans, on a des prêts spéciaux en tant que nouvel émigrant, on a un apprentissage de l’hébreu gratuit, on bénéficie de la gratuité des soins pendant 6 mois et on doit aller s’inscrire rapidement dans une caisse d’assurance maladie privée, celle de notre choix.

Une fois tout le monde répertorié, on nous indique l’endroit où on peut récupérer nos affaires et un taxi nous attend en bas pour nous emmener chez nous, les frais de transport sont payés.
J’ai hâte d’arriver à la maison maintenant. Une maison que je ne connais pas et que j’ai vue en photo sur Internet seulement, on devra d’ailleurs dès le lendemain aller signer les papiers pour la location et payer des loyers d’avance. La clé a été mise dans les plantes près de l’entrée. Je commence à stresser, et si la clé n’y était pas ?...

C’est un petit camion qui nous a été réservé, avec nos bagages il fallait bien ça !!! on prend la route, direction Ashdod, ville à 35 kilomètres au sud de Tel-Aviv. J’ai l’impression qu’on arrivera jamais, il fait nuit noire, il est presque minuit, Rébecca ne tient plus et le chat pousse des miaulements à nous déchirer les tympans.

On est tombé sur une nouille, le chauffeur de taxi ne sait pas s’il doit prendre la sortie nord ou Sud, ce n’est pas nous qui pouvons lui indiquer. Il se décide à prendre le sud, c’est la bonne sortie heureusement, mais on va beaucoup tourner car il ne connaît pas du tout Ashdod et on ne lui est d’aucune aide. On essaie de reconnaître la maison par rapport à la photo mais ce n’est pas évident. Notre maison est située dans le quartier de Tet Vav, c’est un quartier résidentiel où il n’y a que des pavillons et des ronds point qui se ressemblent tous…. Il finira par demander à un passant et à minuit passés de 45 minutes, on est enfin devant la porte d’entrée et on trouve la clé…. Ouf on est sauvés !!!

L’électricité fonctionne mais il n’y a pas d’ampoules, seule la lumière de l’escalier marche, c’est pas vraiment pratique…..la maison semble immense, elle fait 250 mètres carrés. Au milieu de la pièce qui sera plus tard notre salle à manger, il y a notre cadre qui est arrivé trois jours plus tôt et qui a été réceptionné par des amis. Je prends bien vite le matelas du lit de Rébecca que je monte. Première surprise, nous avions commandé deux chambres qui devaient être livrées et installées pour notre arrivée…. Elles ne sont pas là. Il y a bien un matelas double dans notre chambre mais c’est tout !!! Je retrouve bien vite mes cartons de couettes, d’oreillers et mes cartons de draps, j’improvise un lit pour Marianne avec toutes les couettes empilées les unes sur les autres.

Nous avons un frigidaire dans la cuisine que nous avons acheté au mois d’avril, il a été livré la veille, nous avons demandé à une cousine d’y mettre des boissons fraiches et tout ce qu’il faut pour le petit déjeuner du lendemain matin. Tout est ok, il y a de l’eau, des jus de fruit, du beurre, des yaourts, de la confiture, déjà un stress en moins. Je fais boire Rébecca et bien vite je la mets en pyjama et la couche…. 5 minutes plus tard elle dort déjà.

Je m’occupe ensuite de mes animaux et délivre bien vite Linotte, seul problème je ne peux pas la lâcher dans la nature, elle ne connaît pas l’endroit et je ne veux pas prendre de risque, la question se pose, comment va-t-elle faire ses besoins…. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir, la pauvre bête se lâche dès la sortie de sa boite, elle n’en pouvait plus…. Il est maintenant plus de deux heures du matin, les filles dorment profondément.

Je nourris mes animaux, un grand bol d’eau afin qu’ils puissent s’hydrater et je sors un petit sac de croquettes que j’avais stocké dans un des sacs de voyage ainsi qu’une boite pour le chien. . J’installe Sacha dans une cage neuve qui est arrivée quelques jours auparavant avec le déménagement.

Il est presque trois heures quand nous allons nous coucher. Nous sommes sur notre matelas, la pièce est vide. Le chat repu vient dormir près de moi, le chien se met près de jules. Je pensais que je n’allais pas savoir dormir mais je m’endors d’un coup, harassée par cette longue journée. Je pense déjà à tout à l’heure quand je vais me réveiller. Il va faire beau, on va pouvoir s’installer, on va découvrir la maison…. Je m’endors sur une note d’optimisme…. La première depuis mon arrivée….. je ne sais pas que le lendemain après-midi il y aura déjà un premier drame dans la maison, un drame qui va me marquer et qui va me faire démarrer très mal dans ma nouvelle vie..... (à suivre).....






dimanche 2 août 2009

Le départ


Nous avons rendu les clés du pavillon hier en fin d’après-midi, nous avons dormi chez nos voisins qui sont aussi devenus nos amis et j’entends déjà la voiture d’une autre amie qui arrive avec son mari. L’ambiance était tendue ce matin au petit déjeuner, on a parlé de tout et de rien, comme si on ne voulait plus penser…… dans une heure nous prendrons la route pour l’aéroport.

Mon fils nous rejoint rapidement, nous sommes à la recherche de la chatte qui visiblement ne veut pas se montrer, nous avons essayé de la garder à l’intérieur depuis hier soir mais elle poussait des hurlements terribles, comme si elle sentait que quelque chose d’inhabituel allait arriver, alors, de guerre lasse, nous l’avons laissée sortir, il serait temps au moment opportun de l’attraper.

Sa caisse de transport est prête, j’ai aussi des médicaments pour l’endormir, le voyage va être long pour cette pauvre bête car même s’il n’y a que quatre heures d’avion on sait qu’à l’arrivée il va y avoir un tas de papiers à remplir et qu’elle ne pourra sortir de sa prison qu’une fois arrivée dans la maison. J’ai deux autres boites de transport, une pour Moïse le chien et une plus petite pour Sacha notre perroquet.

Je tourne comme un lion en cage, cette fois-ci on y est et il n’est plus question de reculer, je ne sais pas si je réalise, j’ai l’impression de me laisser porter par les évènements, comme si ce n’était pas moi mais quelqu’un d’autre….

C’est un convoi de 4 voitures qui nous attend, il faut bien ça pour contenir tous nos bagages, nous avons un cadre qui est parti par la mer il y a trois semaines avec quelques meubles et objets auxquels nous tenons, la chambre de Rébecca qui vient d’avoir trois ans et qui aura besoin de retrouver ses repères mais pas grand-chose finalement car nous avons décidé de racheter des meubles sur place. Il y a 8 jours nous sommes allés à Paris pour faire partir 15 cartons qui sont déjà arrivés à l’aéroport Ben Gourion. Ce matin nous embarquerons une dizaine de cartons et 8 valises.

Je me retourne une dernière fois avant de monter dans la voiture et je regarde la petite maison que je laisse, une maison si paisible derrière laquelle paissent des moutons. Je m’attarde sur les fleurs qui sont écloses et dont les couleurs vives subliment le jardin. Je ne verrai plus la fumée sortir de la cheminée par grand soir d’hiver. Je jette un dernier œil au sapin que j’ai planté pour le premier Noël de Rébecca, il restera la seule trace de notre passage ici et déjà la nostalgie m’envahit.

Les visages sont graves, on ne parle pratiquement pas durant tout le long de la route, peut-être pour préserver les derniers instant et plus on approche du point de départ, plus la tristesse nous envahit tous.

A l’aéroport nous sommes l’attraction, à l’enregistrement l’hôtesse est horrifiée par notre barda, mais ne dit rien, elle va prendre son temps pour effectuer notre enregistrement, nous sommes des clients un peu spéciaux et avons le droit à toutes les attentions.

Très vite des gens viennent nous voir et nous féliciter « alors c’est vrai ce qu’on dit, vous faites votre aliyia, mazal tov » !!! Nous sommes les seuls ce jour là à être candidats pour la grande aventure, il y a des yeux admiratifs, il y a des sourires perplexes, des regards interrogateurs et des gens qui ne se gênent pas pour nous dire que l’on est fous, partir en pleine intifada c’est du suicide.
Nos amis vont nous accompagner jusqu’au contrôle des passeports, ils ne pourront pas aller plus loin. Les adieux sont déchirants et je réalise tout à coup que je laisse là mon fils, il a à peine 19 ans et je l’abandonne. IL me rassure, de toutes façons on se voit en décembre, il vient nous voir c’est sûr, lui aussi il aime Israël mais sa vie est ici, il doit terminer ses études et c’est ici que vit sa petite amie.

Dans l’avion ils ne veulent pas accepter les trois cages, ils veulent mettre le chat en soute, c’est hors de question, je ne veux pas, je veux que l’on soit tous ensemble, déjà le stress et le doute m’envahissent et Jules le sent bien, alors il se fait médiateur, l’hôtesse appelle le commandant de bord qui accèdera à notre demande ayant appris qu’on faisait notre aliyia, on gardera nos animaux près de nous mais à des places différentes, question de sécurité nous dit-il…. Je me retrouve donc à côté de Rébecca avec le chat, Jules une rangée au dessus avec le chien et Marianne à ma droite avec le perroquet.

Lorsque l’avion décolle je regarde une dernière fois la terre de France, cette terre où je suis née, je suis tout à coup prise de panique, et si je ne la revoyais jamais ? …. je m’en vais vers l’inconnu, vers un pays où je ne suis allée qu’en vacances, je m’en vais vers un ailleurs, je m’en vais recommencer une autre vie, j’ai 39 ans, j’emmène avec moi un mari, deux enfants, un chien, un chat et un perroquet !! (à suivre….)